Partie 1_

La première partie de cette intervention aborde  le passage, dans le travail architectural,  du programme au projet.

Comment un document écrit, schématisé, sur des besoins analysés et chiffrés, va être traduit en plan et en espace.  Le passage de l’écrit à l’espace et ensuite à la matérialisation de ces espaces fonde le travail de l’architecte.

Ces moments sont explorés au travers  de deux projets que l’agence a livré en 2011.

Deux programmes presque identiques:

– une résidence de jeunes travailleurs boulevard Diderot à Paris

– une résidence étudiante à Evry

Ensuite avec François Peyron de l’agence Franck Boutté Consultants, nous parlerons d’un projet  de macrolot dans la Zac Clichy-Batignolles à Paris.

Le programme est au cœur des relations architecte/maitre d’ouvrage. Les données d’un programme sont  ce que j’appelle le « contrat d’usage ». Ce contrat  lie l’Architecte et le Maitre d’Ouvrage :  le Maitre d’Ouvrage m’a désigné, engagé afin que je réponde à ses demandes et à ses besoins.

C’est un contrat implicite; l’acte d’engagement, lui,  définit les délais et les coûts.

Un programme, c’est une liste de besoins, de surfaces, de qualité de liaisons entre ces surfaces, énoncée parfois de manière contradictoire.

Un programme s’adresse à des personnes qui savent le lire. Par exemple, si on donne un programme à un avocat ou à un médecin, ils ne sauront pas quoi en faire. Le programme est un langage qui demande un savoir lire spécifique.

 

La déprogrammation

Parcourir  un programme est d’abord un exercice de lecture qui implique  des compétences et de l’expérience ; c’est le prologue indispensable à l’organisation du projet.

L’architecte  réinterroge le programme, hiérarchise les besoins, classe les espaces selon les typologies, regroupe des services, des entités…  L’idée qui sous-tend ce travail est qu’un projet est une réponse globale à différentes questions.

Dans la lecture que l’architecte fait du programme, se pose déjà la question du « sujet» ou comme l’enseignait Louis Kahn « que veut être une présidence d’université, une école, un hôtel, une résidence étudiante ? »

Pour faire entrer ce questionnement dans la réflexion, il faut paradoxalement s’éloigner du programme. C’est ce que j’appelle la déprogrammation. Pendant un moment dans l’élaboration du projet, le programme ne va pas être suivi exactement… pour mieux y répondre.

Car un projet doit fonctionner mais le fonctionnement et le programme sont des notions différentes.

Le programme détermine des besoins et parfois des liaisons entre lieux alors qu’un fonctionnement est une organisation, un système pré-spatial. Il va déterminer des parcours, des usages des hiérarchies. Il

est pré-spatial dans le sens où les lieux vont être connectés et mis en place par rapport à une orientation, une lumière, une structure…

Entre le programme et le fonctionnement, il y a une idée. L’idée est une réponse au questionnement de « qu’est ce que c’est une présidence d’université, une école, un hôtel, une résidence étudiante ? »

 

Les surfaces inutiles

Tout n’est pas dit dans un programme. En particulier tous les éléments nécessaires et indispensables au fonctionnement d’un bâtiment  ne sont pas décrits: les circulations, halls, cours, porches, galeries, corridors, dégagements, escaliers, rampes, etc. Ces éléments s’opposent en quelque sorte aux surfaces utiles qui sont nommées, évaluées, répertoriées.

Les surfaces utiles sont les éléments « visibles » d’un programme, par exemple toutes les pièces qu’on habite, dont on jouit, qui ont une fonction. Elles sont désignés  dans le programme : ce sont les  pièces d’usage.

On construit pour avoir des salons, des chambres, des salles de classes, des cuisines, des bureaux… Pour les relier, pour en permettre l’accès, il y a nécessité de communications  horizontales et verticales. Ces surfaces dont on ne peut pas dire qu’elles sont inutiles, au regard des surfaces dites utiles, sont bien évidemment nécessaires. Elles ne sont pas le but de la construction mais elles en sont la condition absolue. Ce sont les surfaces  » invisibles » d’un programme. Elles  ne sont pas décrites ou à peine. Elles ne se rapportent pas spécifiquement à une catégorie de programme mais au contraire appartiennent à tous les programmes.

Avec ces éléments on passe du programme à l’organisation, à la structure fonctionnelle du projet. Certains Maitres d’Ouvrage, cherchent à  diminuer au maximum leurs surfaces, condition de la performance d’un plan : le fameux rapport » surfaces utiles/surfaces plancher ».

Ces éléments nécessaires sont ceux qui portent le plus une liberté de conception, plus que dans les éléments spécifiques qui sont très cadrés. Ce n’est pas tant dans la salle de classe, espace extrêmement défini de 50 à 60m2, que l’architecture se révèle mais bien dans le chemin qui y conduit. D’ailleurs, ce qu’on montre d’une école, ce sont généralement les circulations et les cours de récréation.

En conclusion de cette première partie, pour que le projet émerge, il y a au préalable une lecture analytique, savante, du programme. La déprogrammation permet d’introduire l’idée d’une organisation qui se matérialise par des surfaces, des lieux qui ne sont pas « utiles »  mais qui sont propres à chaque langage architectural et à chaque architecte.

 

Partie 2_

Résidence Denis Diderot, Paris 12ème.

Le programme du concours lancé par la RIVP en 2006 est  simple. Il s’agit de la  restructuration et de l’extension d’un bâtiment des années 70 occupé par un foyer de jeunes travailleurs. Le bâtiment est devenu fonctionnellement et techniquement obsolète. Il ne répond plus à aucune norme.

Les données du programme sont:

  • environ 150 studettes dont 5% handicapés. surfaces de 16m2 et 20m2 pour les handicapés et les couples
  • des locaux communs, salle polyvalente, bureaux, accueil, salle multimédia, laverie collective, locaux de maintenance avec des enjeux explicites:
  • contenance programmatique : retrouver un nombre de lits équivalent, environ 150, après la mise aux normes des surfaces.
  • performance constructive: répondre aux critères du plan climat et thpe.
  • qualité urbaine: connecter le bâtiment avec la ville.

Le foyer de 9 niveaux a été  ajouté  au domaine  de la fondation Eugène Napoléon de manière brutale, en perpendiculaire du boulevard Diderot, sans référence à la composition régie par l’axe de symétrie.

La fondation Eugène Napoléon forme un ensemble de bâtiments construit par l’architecte Jacques Hittorf,  en 1850, à la demande de l’impératrice Eugénie qui avait reçu des bijoutiers de Paris un collier. Devant le scandale suscité par la valeur du cadeau, l’impératrice a vendu le collier et construit la fondation pour jeunes orphelines.

La composition centrale et la fonction même de la fondation, un orphelinat en font un domaine autonome, clôturé par un mur aveugle sur le boulevard Diderot et refermé autour de ses cours successives.

On a interrogé le programme et ses enjeux  pour faire émerger des problématiques. Comme il a été dit précédemment, un projet est une réponse globale à différentes questions.

Quelles étaient les problématiques en jeu pour la résidence Diderot ?

– restructuration d’un bâtiment des années 70. Comment on requalifie un bâtiment récent ? comment on se situe vis-à-vis de ce bâtiment ? est ce qu’on le conserve et  qu’est ce qu’on conserve ?

– inscription dans un site monument historique. Quelle position de rupture, de continuité, d’interprétation on adopte ?

– construction dans Paris, sur un grand boulevard, dans un tissu urbain dense. Quelle image donner à la ville ? avec quelle contemporanéité ?

– espace minimum de la chambre. Que signifie pour un jeune habiter son premier logement? vivre seul et en même temps être ensemble ?

Le projet propose  une métamorphose du foyer de jeunes travailleurs construit fin des années 70 sur le domaine de la fondation Eugène Napoléon. Il  englobe l’existant et les extensions dans une nouvelle géométrie, en  rétablissant le système axial de la fondation.

Comment en est-on arrivé là ?

Le travail de l’agence se développe souvent à partir d’une figure plus ou moins complexe qui émerge.  Elle est pour nous le contraire d’une forme figée. Elle  constitue la visualisation  d’une position ou d’une idée vis à vis du  programme. Elle  va conduire le projet.

On parle d’espace statique- pièces, surfaces utiles à géométrie simple-  et d’espace dynamique- les circulations, de géométries instables liées à la manière d’entrer, de circuler.

Cette catégorisation reprend les oppositions  surfaces utiles et/ou inutiles ; visibles et/ou invisibles ; spécifiques et/ou nécessaires.

 

1-constitution de la figure dynamique.

Nous avons conservé l’immeuble existant et  utilisé sa capacité, qui dépassait le gabarit parisien, avec l’idée que les bâtiments ont plusieurs vies possibles.

La façade ouest a été entièrement déposée  et une première extension à l’ouest a épaissi le bâtiment jusqu’à 5.00m  avec des galeries/ balcons sur le jardin. L’extension nord, dans le prolongement du bâtiment,  se plisse pour se raccorder au mitoyen et diriger les vues des chambres sur le jardin. Les patios à l’arrière organisent de petites unités de vie. La salle polyvalente, pièce majeure – comme le salon de l’Impératrice, la chapelle et le restaurant de la fondation- se pose sur l’axe central en face de la fontaine conservée, point final à la composition de Hittorff.  Elle  rétablit le système axial de la Fondation.

A partir de la figure très stable, on introduit le contexte, le site, les règles d’urbanisme, les droit de vues, … la figure devient dynamique.

 

2- positions sur la logique de construction

L’immeuble existant est structuré en dalle et refends béton porteurs de 15cm tous les 2,50m. Les façades ne sont pas porteuse.  Les extensions ont été construites en charpente métallique, ce qui est très peu courant en logement. La construction acier fait appel à des entreprises performantes et implique des études amont très poussées. Les avantages sont multiples :  montage rapide (5 semaines pour l’extension en R+2 et 7 semaines pour celle en R+9), peu de  nuisances  pour un chantier au centre de Paris,  lisibilité des interventions -béton dans l’existant, métal dans le neuf, liberté des agencements intérieurs et flexibilité future.

La structure acier  a été greffée sur l’immeuble béton, une fois  la façade ouest déposée.

 

3-disparition des registres

Nous avons gardé le bâtiment pour sa capacité et parce qu’il était déjà là. Mais nous avons eu un regard très critique sur ce bâtiment brutal et mal construit. Un bâtiment unique a été donné au boulevard et à la Ville où il n’est plus question de réhabilitation et d’extension. La peau en aluminium anodisé dessine un volume sans registres architecturaux qui renvoie la lumière et  prend les nuances du ciel parisien. La peau extérieure est libre par rapport à la peau colorée; il y a des dilatations et des épaisseurs.

Les cassettes d’aluminium ont été mises au point avec arval à partir d’un produit standard pour résister au vent et faire fonction de garde corps.

Elles se retournent en plafond sur la largeur du hall et créent une façade intérieure au rez-de-chaussée,  associant  les espaces de vie commune au jardin.

Le long mur sur le boulevard Diderot a été percé pour laisser voir le jardin, espace vert protégé.

Les performances demandées aux bâtiments modifient la manière de les construire et donc de les penser. Ainsi  les enveloppes  qui sont constitutives d’une manière de construire durable doivent répondre à de multiples  exigences : inertie thermique, isolation, protection solaire, lumière naturelle, confort d’été…

L’importance qui leur est donnée signe en quelque sorte la disparition des registres « architecturaux » classiques – soubassement, couronnement, attique, corps- au bénéfice du matériau. Ce qui permet au bâtiment d’être dans la ville n’est plus du domaine du registre classique mais du domaine de la perception de l’enveloppe, comme ici où l’unicité du bâtiment est affirmée par les panneaux d’aluminium.

L’ enveloppe est   complexe, elle est  constituée de plusieurs couches distinctes. Une répond au monde sensible, une autre assure  l’étanchéité et une autre encore englobe l’intériorité. Ce qui ferme le bâtiment n’est plus massif et la peau  intérieure ne correspond pas à la peau extérieure. Il n’y a pas de raison pour le faire.

Cela signifie que la perception du bâtiment dans la ville ou dans le paysage est  indépendante des espaces et des programmes intérieurs. Les enveloppes font non seulement disparaitre les registres classiques mais également le dogme moderniste «  la forme suit la fonction ».

Je crois que dans ces disparitions,  il y a matière à explorer les formes. C’est extrêmement riche, cela laisse beaucoup de liberté.

 

4-logement minimum

Le logement étudiant est un travail sur la dilatation de l’espace minimum, la série et la répétition. Le décalage de la structure acier par rapport aux refends béton, dans les logements à l’ouest, crée deux lieux, celui des « services » à l’entrée, celui du séjour vers la fenêtre.

A l’ouest dans la partie existante, les  salles de bains préfabriquées, livrées au début du chantier, sont posées à l’articulation du dispositif et masque la vue du lit depuis l’entrée.

Les galeries sur jardin sont des espaces communs aux logements, une manière de vivre ensemble.

Ce dispositif a été repris dans la résidence MY à Evry.

 

Résidence MY à Evry

Le concours est lancé en 2008, sur l’ilot sz

Si les données du programme sont simples, les enjeux assez complexes et peu explicites:

-200 chambres ou studettes de 16m2 à 25m2 pour étudiants et 2 appartements de fonction.

-bureaux administratifs, salle de réunion et de télévision, laverie collective.

Le bâtiment doit être bbc.

Le terrain se situe dans une zac,  à la fois proche du centre et en lisière de ville. L’architecte urbaniste Bertrand Dubus développe un discours sur la continuité de la ville, sur la trame urbaine, les croisements, les trouées vers les intérieurs des parcelles  avec des possibilités de construire haut.

A 30mn de Paris, Evry est une des 5 villes nouvelles construites dans les années 60.

La  ville est perçue dense mais pas compacte. Elle ne s’est pas  faite par strates qui se densifient et mutent avec le temps mais par ilots déjà saturés.

On n’y trouve pas les traces agricoles ou ouvrières du péri urbain, des délaissés industrieux, du petit habitat. Les densités bâties  sont tout de suite importantes avec des bâtiments blocs imposants et des vides urbains lâches autour des infrastructures de voiries.

La ville cherche à se positionner  dans la métropole parisienne  par le biais en particulier  des universités et des  clusters médico-scientifiques pour attirer les élites intellectuelles et les industries de pointe. C’est un secteur concurrentiel et plusieurs villes autour de Paris sont en compétition

Quelles sont les questions posées et les problématiques enjeux ?

– construire la  hauteur . On est alors en pleine polémique sur la nécessité et l’opportunité de  construire des tours. A partir de quelle hauteur un bâtiment devient une tour?

– construire BBC. La parcelle est étroite. Comment faire une petite tour durable ?  Un bâtiment mince peut-il  être BBC ?

– habiter un campus. Comment faire co-habiter 200 étudiants ? Quels espaces communs faut-il créer?

Le concours raconte l’histoire d’un bâtiment unique qui part du sol,  se lit comme  un ruban s’enroulant autour de la parcelle, puis se développe en vertical  dans le ciel d’Evry.

Comment on en est arrivé là ?

1-la tour et le ruban

La tour est  un objet ambigu, en général non orienté et dont on voit toutes les faces.   Mais au niveau de la rue, c’est un bâtiment normal, il doit participer de la ville, du piéton. La rue oriente forcément les bâtiments.

Le rapport de la verticalité de la tour avec l’horizontalité du sol est très délicat à régler. Il faudrait analyser les tours dans leurs manières de toucher le sol et non pas toujours dans leur élancement vers le ciel.

Ici, la tour  ne repose pas au sol, elle est soulevée. c’est une  solution au problème!

Au centre du projet, il y a un jardin, perçu sous la tour. On y voit les vélos, les espaces communs et la laverie automatique. Tous les étudiants rentrent par là, c’est le lieu de la rencontre, du croisement, du mouvement.

Les deux extrémités du bâtiment se rejoignent mais  sans se toucher. La figure ne se referme pas, c’est une histoire ouverte.  Il y a une sorte de tension qui fonctionne bien avec la vie des étudiants.

La figure est basée sur une dynamique et non une composition de volumes. Elle actionne  les rapports entre le sol,  la rue, le jardin à l’intérieur et la verticalité. Elle prend place dans la ville, en train de se faire.

 

2-la structure durable

La basse consommation était un des objectif à obtenir. La configuration de la résidence se décompose  en un  bâtiment mince- le ruban – et un bâtiment vertical – la tour. On y répond par deux configurations structurelles différentes.

Le bâtiment mince est orienté nord sud. Il porte avec deux murs isolés parallèles entre lesquels les chambres s’installent avec un cloisonnement libre. La circulation au nord fait tampon thermique et est éclairée par les cours de l’université mitoyenne.

La tour porte plus classiquement en refends avec un voile en drapeau,  un noyau de circulation au nord et deux rangées de chambres est/ouest de part et d’autre d’une circulation centrale. C’est une structure moins flexible que le ruban.

 

3-le minimum dilaté

La résidence traite évidemment du logement minimum,. On a perfectionné le dispositif expérimenté à la résidence Diderot sur le décalage des cloisons afin de créer deux lieux, celui des services et celui de la fenêtre. Ainsi, tout n’est pas donné à voir tout de suite : quand on entre on voit la lumière, on ne voit pas le lit. L’espace est dilaté, il parait plus grand.  Le Crous nous a missionné pour le mobilier.  Le  placard et le bureau ont été intégrés dans l’épaisseur de la fenêtre afin de dégager les parois.

L’ épaisseur de l’enveloppe est d’environ 1.60m  :60cm de panneaux brise soleil, 40 cm de béton + isolant et 60 cm d’aménagement: placard, bibliothèque, bureau, rideau.

La mécanique du décalage dans le bâtiment mince est intimement liée à la structure.  Le bâtiment porte en façade, aussi  la partition à l’intérieur est libre, faite par des cloisons non porteuses. Ce dispositif flexible a permis d’intégrer les modifications de programme dans le temps des études. Il garantit  une mutation possible du bâti.

 

4- François Morellet.

J’ai parlé tout à l’heure d’une recherche de neutralisation de la représentation, au bénéfice du matériau.

On s’est référé pour l’installation des panneaux aux « systèmes » de  François Morellet, qui a travaillé sur la série, la répétition et l’aléatoire.  On a réduit les décisions arbitraires.

L’aluminium anodisé déployé a été utilisé encore une fois pour ses capacités de dématérialisation, de vibration à la lumière.

Quand on est dans la tour, on est loin du jardin. La tour renvoie au grand paysage mais éloigne du sol. Elle peut générer une sorte d’anonymat. Des loggias ont été creusées, comme des fenêtres sur la ville. La lumière arrive dans la circulation et inversement la couleur en  jaillit. Les étudiants peuvent se retrouver là, il y a des vues incroyables.

En conclusion de cette deuxième partie, l’architecte ne met pas en œuvre uniquement les éléments exigés par le programme. Il y a en plus tout ceux, dynamiques, dans lesquels on circule.

Ces éléments sont l’écriture, la marque du bâtiment.

Il n’est pas nécessaire qu’un programme les décrive- cours, escaliers circulations…

C’est le rôle de l’architecte, de définir comment relier, mettre en œuvre, en cohérence les éléments épars d’un programme, d’en faire un tout, c’est-à-dire un projet. Il va créer le réseau de mise en relation des éléments, cette dynamique  à la base de la conception.

Il n’y a pas de marche à suivre, de formule; chaque architecte finalement définit l’écriture de son réseau. On peut reconnaitre les architectes par une lecture des plans, par la manière dont les éléments dans ces plans sont mis en relation,  bien plus surement que par l’image.

Il y a donc lieu de considérer, de lire, d’analyser un projet- organisme doté d’intentions-  pas seulement à partir de formules chiffrées, mais aussi à partir  de principes constructeurs ou organisationnels.

 

zcb

Nous allons conclure avec François Peyron  par une jolie aventure dont le chantier démarre. En 2010, il y a un appel de candidature sur un macrolot de la zac Clichy- Batignolles. C’est le dernier territoire d’envergure  d’expérimentation urbaine à Paris, conquis sur les friches ferroviaires de la gare saint-Lazare.  La ville maintenant, à part quelques parcelles vides qui subsistent, quelques délaissés, est saturée.

La candidature imposait une équipe de trois architectes pour deux projets de logements + activités et un projet d’ehpad + activités. Il y a deux maitres d’ouvrages et un seul parking. L’équipe constituée est homogène : TOA +maast +aasb avec un seul paysagiste, David Besson-Girard et un seul ingénieur environnemental Franck Boutté. Ainsi, l’équipe répond  aux mutualisations inhérentes au macro lot: celle du  sol, le lieu par définition de l’échange et celle des performances énergétiques.

Magie des concours, nous sommes sélectionnés parmi 5 équipes internationales.

Pendant 2 mois,  nous nous sommes vus tous les jeudis matin.  Un atelier qui produisait du texte, du schémas, de l’organisation.

Chaque architecte s’est  attribué un programme, sans définir précisément les limites de nos  terrains respectifs.  Le plan masse et la délimitation des parcelles à l’intérieur du macrolot ont évolué sensiblement jusqu’à  la fin. On a, ainsi, travaillé à l’inverse d’une procédure habituelle où le terrain est donné et on y fait rentrer le programme.

Tout a été négocié entre projets : les surfaces, les prospects, les gabarits, les emprises. Il y avait l’idée d’un projet global qui fonctionne et  qui soit autre chose  que trois additions.   C’était la condition.

Nous avons beaucoup aimé faire ça. Nous avons bien discuté et bien ri aussi.  Il y a eu deux moments importants, un peu magiques:

– la faisabilité invoquait de fait une division du terrain en 2 avec d’un côté les logements pour  la SNI et de l’autre les logements et l’ehpad pour  Paris-Habitat.

Il nous est apparu évident qu’ il n’y avait pas deux programmes, mais trois et que chaque programme aurait un accès à la rue, que son entrée se ferait sur l’espace public.  Cette décision a renversé la  position de l’ehpad et l’a rendu visible comme un équipement dans la ville. Les bâtiments de Maast et Toa se sont poussés pour que l’ehpad accède à la rue.

– un ehpad ne peut pas dépasser 4 niveaux. Or  la partie densifiable est le front de rue avec une dizaine de niveaux  possibles.  Toa a donc transféré une partie de son programme : une vingtaine de logements à positionner sur l’ehpad. Il y a donc eu modification du programme initial et des missions entre aasb et Toa.

La figure est apparue.  » 1+1+1=1″  met ensemble  à la fois les trois éléments du programme et les trois éléments  de l’îlot en  invoquant la Framboisine et les immeubles existants. Par cette figure le  macro lot  s’est  inscrit dans son territoire et nous avons a gagné le concours.

Jacques Lucan dans son dernier ouvrage  « Où va  la ville aujourd’hui ? » parle pour ce projet de « figure urbano-paysagère » où  le végétal  assure la cohérence du paysage intérieur.

Le projet  n’échappe pas tout à fait aux critiques qu’il  émet sur la procédure de macro lot, en particulier parce qu’elle produirait des objets, des plots, des blocs indépendants plutôt qu’un tissu urbain.  Elle implique des mutualisations qui empêcheraient à terme le foncier de muter.

Inversement, elle permet aux architectes  et maitre d’ouvrage de réfléchir à l’échelle de l’îlot et d’aller au-delà de la faisabilité à la parcelle. La mutualisation d’équipements, de stationnements, d’énergies renouvelable est sûrement une voie pour continuer à  construire bien des logements moins chers.